Gilbert Giacomoni
Maître de conférence UMR Paris-Saclay Applied Economics22 place de l’Agronomie
CS 20040
91123 Palaiseau Cedex FRANCE 01 89 10 09 98 gilbert.giacomoni@agroparistech.fr
Présentation
- Doctorat en “ingénierie et gestion”, Gérer la reproduction d’objets complexes dans un contexte d’innovation permanente: le cas de l’industrie de l’espace. Mines ParisTech.
- Maître de Conférences en conception innovante, performance économique et ingénierie de la valeur à AgroParisTech.
- En charge de l’UFR “Economie industrielle, Management public, Innovation” au sein du Département “Sciences Economiques, Sociales et de Gestion”.
- Responsable du Master2 “Innovation et Performance dans les Entreprises du Vivant” (IPEV), Mention Innovation, Entreprise et Société, Paris Saclay University.
- Plus de 20 années d’expérience opérationnelle à un niveau décisionnel dans l’industrie, la santé, les services (Armines, Airbus Defence & Space, Groupe du Louvre – Compagnie des cristalleries de Baccarat, Mutualité Fonction Publique, Unesco, etc.), l’entrepreneuriat (Business creation and innovative technologies).
Thèmes de recherche
- Management scientifique de l’innovation & Entreprises sociales et solidaires (ESS) & entrepreneuriat durable (santé, alimentation, environnement)
- Systèmes d’information (incluant IA, Data Science, machine learning, etc.) & management des connaissances.
- Economie comportementale & décision.
- Stratégie et organisation.
Sociétés savantes
- Membre du United Nations Innovation Network Behavioural Science (BeSci) Group.
- Membre de l’Association Information & Management (AIM), France.
- Groupe Cardano (ENS, CNRS, école des Ponts ParisTech, EHESS), mathématiques pour une science responsable, France. & Séminaire “Mathematics Music Philosophy” (ENS, IRCAM, CNRS), France.
- Membre de l’Association pour le Développement de l’Enseignement et de la Recherche sur la Responsabilité Sociale de l’Entreprise (ADERSE), France.
Prix et distinctions
- Lauréat national, création d’entreprises de technologies innovantes, Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, JO du 9-11-2002.
- Capital-IT Best40s Selection (10ème edition, 2003): European Meeting on Financing of New Information and Communication Technologies, 4 Avril.
- Master 2003 Tremplin-Entreprises (capital investissement), Sénat (prix délivré dans l’hémicycle par le Président J.-P. Raffarin) & Essec, 8-9 Juillet.
- Prix Spécial 2005 du Ministère de l’Education Nationale, de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche – Ministère Délégué à la Recherche.
- Gold Medal 2005, International Jury – World Intellectuel Property Organization (WIPO) & Swiss Federal Government, 33th International Exhibition of Inventions Geneva,
- Sélection Best Researcher Award (06/02/2025) – Domain “Decision Making” – by the International Cognitive Scientist Awards 2025.
Genèse et évolution des recherches
Les recherches ont commencé avec la question de l’identité des choses (objets ou phénomènes). Il y a deux façons de s’en saisir correspondant aux phases dites primale et duale, suivant que l’objectif est de conserver cette identité (d’un objet technique, d’une entité, d’un système, d’une représentation, d’un phénomène, etc.) dans le temps comme dans l’espace ou au contraire de la faire évoluer (i.e. renouvellement, innovation potentielle, etc.). Puis viennent les phases du refondement et des origines. L’innovation procède par symbiose et émergence, introduisant la bio-inspiration en science de la décision (« main invisible » de la Nature et libre-arbitre) et en théorie de l’entreprise (utilité commune et partage de la valeur comme conditions initiales d’émergence et d’innovation).
- Phase primale : préserver l’identité des choses (recherche d’invariances)
La préservation de l’identité des choses intéresse toutes les activités humaines, notamment les industries (aéronautique, armement, spatial, logiciel, biotechnologies, chimie, etc.) soumises à une évolution endogène (environnement interne) ou exogène (environnement externe) fréquente voire permanente. Les enjeux sont considérables : bioéquivalence, sécurité aérienne ou logicielle, clonage, transplantation, etc. Les fondements scientifiques et sémantiques permettant de traiter cette question d’identité (i.e. interchangeabilité, équivalence, égalité, substituabilité, indiscernabilité, etc.) et de faire des prédictions plausibles (de reproductibilité, de comportement, etc.) sont toujours à l’étude sous forme de recherche-interventions (Giacomoni 2002, 2010, 2011, 2014, 2022, 2024 ; Giacomoni & Sardas 2011). La question est au cœur de la recherche en gestion des connaissances et des systèmes d’information, car l’identité des choses n’est ni absolue, ni définitive, mais relative et provisoire. Aucun référentiel international ou progiciel ou I.A. ou data science, etc., ne peut soutenir de solution gestionnaire satisfaisante. Sur le plan formel, la montée en généralité relie aussi la question de l’identité des choses à des théories mathématiques portant sur la complexité, les ensembles ZFC, les modèles (sémantique) et le forcing (extension d’un univers référentiel) qui interviennent en science de la décision.
- Phase duale : changer l’identité des choses (recherche inverse = innovation)
Si les évolutions endogènes (nouvelles interactions par exemple) ou exogènes (nouveaux éléments en interactions par exemple) changent l’identité des choses, il y a potentiellement innovation (au sens étymologique d’entrer dans ce qui est nouveau : in-nova-tio). L’innovation reste potentielle tant que son acceptation et son application ne sont pas généralisées. L’identification et l’incorporation d’éléments de nouveauté, d’origine exogène, génèrent des identités susceptibles de créer de nouveaux systèmes de valeurs, de nouveaux référentiels techniques ou de connaissances. Un tel processus est stratégique pour construire des économies nouvelles et des extensions d’activités. Il suppose de procéder à la manière d’un généticien, avec comme difficultés de ‘trouver’ des éléments de nouveauté histocompatibles, puis de procéder techniquement à leur greffe sur l’existant. Cette question peut donc être reformulée comme une greffe d’univers donneurs et receveurs d’éléments de nouveauté satisfaisant aux conditions d’histocompatibilité en vue de solutionner une problématique non-résolue, une incomplétude ou un dilemme épistémique. La recherche exploratoire d’univers histocompatibles suppose de travailler hors d’un univers référentiel (principe d’inventivité ou d’abstraction)[1], dans ‘un univers de tous les univers possibles’ (i.e. un multivers) s’il préexiste. D’où le choix d’une approche constructiviste (un tel multivers des possibles n’est pas donné à l’avance mais se construit) s’inspirant de symbioses éprouvées par plus de 4 milliards d’années d’évolution [Cf. mathématiques pour une science responsable du Groupe Cardano]. Les fondements scientifiques sont toujours à l’étude (Giacomoni 2012, 2017, 2018, 2019, 2021, 2024 ; Giacomoni & Jardat 2014) et font l’objet de multiples applications (Cf. entrepreneuriat, chaires, projets). La recherche opérationnelle qui, rappelons-le, est une branche du savoir considérée comme la discipline des méthodes scientifiques utilisables pour élaborer de meilleures décisions, ne procède pas ainsi. Elle propose des modèles conceptuels de simulation pour analyser des situations complexes (organisation de réseaux, portefeuilles bancaires, séquençage de l’ADN, couverture satellite, etc.) et permettre aux décideurs de faire les choix éclairés (meilleure compréhension, vision complète, espace de solutions possibles, évaluation des risques, aide à la décision, optimisation, etc.). A dessein, elle suppose la préexistence d’un univers référentiel des possibles (the universe, the world, the state of nature, the state of the world, development of a state of nature, or a true state of the world, etc.) où opérer et jamais de multivers. Elle procède globalement par apprentissage artificiel et adaptatif (métaheuristiques, hybridmetaheuristics, hyperheuristics, etc.) avec une ‘fonction objectif’, de façon empirique avec ou sans a priori. De manière cyclique, les modèles proposés rassemblent de l’information, souvent de manière stochastique, afin d’augmenter la connaissance du problème (phase dite d’exploration ou de diversification), les mémorisent sous de nombreuses formes possibles, globalement (par rapport au problème dans son ensemble) ou inter-individuellement (d’une solution relativement à une autre), puis les trient afin d’en réduire la dispersion (phase dite d’exploitation ou d’intensification). Il en va de même de l’I.A., de la science des données (Data Science) comme des algorithmes intelligents, de la théorie statistique de la décision, des processus Bayesiens, des théories économiques, des sciences de la conception et du management.
- Phase du refondement : bio-inspiration [symbiose, émergence] en science de la décision et en théorie de l’entreprise
La symbiose inclut toute forme de coévolution (mutualisme, commensalisme, antagonisme), des individus aux écosystèmes, en passant par les populations et les espèces. La Nature œuvre par la symbiose (vivre ensemble) à la préservation de la biodiversité entre extinction et divergence. A l’image du monde vivant, les processus d’innovation par hybridation doivent être pensés d’après cette loi de l’évolution. Les propriétés de la symbiose émergent d’une dynamique auto-organisée des interactions, avec une infinité de possibles non prévisibles (états de la nature, générations, etc.). Elles sont gouvernées par la « main invisible » de la Nature (ou de son auteur) et non par la main de l’homme. Elles ne résultent pas d’une somme de décisions, de comportements ou d’actions individuelles, artificiellement sélectionnés et contrôlés, en vue de réaliser un ensemble de possibles souhaitables et prévus à l’avance. Face aux grandes transitions contemporaines (écologiques, numériques, etc.), hier dites VICA (Volatile, Incertain, Complexe et Ambigu), aujourd’hui FANI (Friable, Anxiogène, Non-linéaire, Incompréhensible), qui imposent de concilier à la fois les intentions humaines (i.e. l’artificiel) et les lois naturelles, nos sciences de la décision doivent être bio-inspirées. Cela implique un changement de paradigme scientifique, en matière notamment de libre-arbitre. « (…) l’arbre de vie au milieu du jardin et l’arbre de la connaissance de ce qui est bon ou mauvais (…) » (Genèse 2, p. 26). Toute artificialité est limitée comme toute rationalité. Il serait vain de chercher à contrôler symbioses et émergences sans la main invisible de la Nature (ou de son auteur) « pour mener à bien la transition vers une économie mondiale durable, en associant la rentabilité à long terme à la justice sociale et à la protection de l’environnement »[2]. La recherche infère et expérimente donc les conditions initiales d’émergence des symbioses (à l’instar des symbioses industrielles et territoriales) pour amorcer et produire un effet d’entrainement suffisant (Giacomoni et al. 2022, Giacomoni et al. 2025). Les implications économiques et managériales concernent les sociétés humaines, le monde économique, la vie et les fondements mêmes des entreprises, à l’instar des entreprises sociales et solidaires (sociétés coopératives et participatives ou d’intérêt collectif, etc.). Ces dernières sont décrites comme une hybridation [marché-redistribution-réciprocité] et une émergence. Elles aspirent à œuvrer pour un monde meilleur, adoptant à dessein des modes de gestion démocratiques et participatifs, sur un principe de solidarité et d’utilité sociale, limitant l’appropriation des résultats de l’activité par les actionnaires et réinvestissant pour la constitution d’un patrimoine collectif. Autre implication pour les modèles économiques qui, dans certaines situations complexes, ne peuvent se prévoir ex ante, à partir du moment où les propriétés émergentes ne sont observables et analysables qu’ex post facto. Ils ne peuvent donc plus servir de plan stratégique prévisionnel en amont des phénomènes d’émergence, mais en aval afin de préserver les conditions de succès et de continuité. Ceci impacte inévitablement la logique temporelle du rapport de durabilité obligeant les sociétés à présenter leur modèle d’affaires.
- Phase des origines : conditions initiales d’émergence et d’innovation [utilité commune et partage de la valeur]
En économie, l’utilité désigne la satisfaction ou le bien-être qu’un individu (agent) retire de la consommation ou de l’obtention de biens ou de services. Elle est supposée mesurable (sous forme d’indice numérique) et associée à chaque décision potentielle (fonction d’utilité). Dans le monde anglo-saxon, elle se confond avec la notion de bien commun et se traduit identiquement : common good (ou Commons). L’utilité collective est l’ensemble des utilités individuelles (exprimées sur une échelle commune) pour chaque décision admissible et représentant la satisfaction collective – par extension le bien-être social ou même la préférence étatique. L’utilité commune désigne la satisfaction (versus insatisfaction) ou le bien-être (versus mal-être) que l’ensemble des individus (toute la communauté, voire le plus grand nombre) retire du fait qu’un individu ou un plus petit nombre d’individus travaillent pour l’intérêt collectif, au besoin en consommant des biens ou des services communs ou en obtenant un bien public si nécessaire. De cette manière, l’influence du comportement individuel sur le bien-être (vs mal-être) des autres peut être prise en compte, ainsi que l’influence du comportement des autres sur chaque individu : par exemple, l’interaction sociale, y compris le capital social, les relations avec les autres et les relations avec la société. Cette définition permet d’englober les mécanismes incitatifs de reconnaissance sociale : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune » (Article 1 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789). Elle permet aussi de caractériser une entreprise sociale et solidaire [« seen as accountable to both its members and a wider community paradigm »][3]. La notion d’utilité commune rend compte du mode de vie des chasseurs-cueilleurs. Elle se comprend dès lors, comme une utilité originelle, d’un temps où cela participait de la survie de l’espèce et où l’appropriation n’avait pas encore commencé à menacer le bien commun et causé sa chute [Tragedy of the commons]. L’utilité telle que définie de nos jours, rend compte du mode de vie post-révolution néolithique et correspond en fait, à une utilité devenue non-commune. Comme s’il n’y avait pas lieu de tenir compte de la satisfaction ou de l’insatisfaction du plus grand nombre, la survie de l’espèce s’imposant par sélection naturelle. Dans un monde souhaitable, fait de restes du ‘paradis perdu’ et du monde actuel, une utilité-mère peut être définie comme fonction d’utilité commune et d’utilité non-commune, conciliant ainsi l’héritage de la révolution néolithique avec celui des chasseurs-cueilleurs. Toutes choses égales par ailleurs, les futurs souhaitables ne peuvent se concevoir sans ce paradigme d’utilité commune et de partage de la valeur (i.e. de répartition du capital produit), à l’instar de l’émergence d’une économie sociale et solidaire. Il engendre une forme d’homophilie fondée sur la fidélité à une vocation commune supérieure à toute autre considération (race, origine ethnique, âge, sexe, famille, amis, …), comme une nouvelle foi. Ce paradigme, porteur d’imaginaire et de nouvelles représentations du monde, n’est cependant pas considéré comme un fait générateur en innovation, mais comme une contingence. Quels que soient les référentiels considérés, académiques ou institutionnels, l’innovation concerne les offres (bien ou service), le modèle économique, le système opérationnel (procédé ou organisation), l’expérientiel (marketing), le commerce, pas la question de la propriété (ou de l’appropriation) de l’entreprise. Cette question de recherche est peu ou pas explorée (Giacomoni 2022, 2023 ; Giacomoni et al. 2022 ; 2025).
[1] Source OMPI
[2] Corporate Sustainability Reporting Directive.
[3] Thompson J. & Doherty (2006) p. 362.
Projets de recherche
- Horizon2020 (European research and innovation framework programme – Ministère Français de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation), Marie Sklodowska-Curie Action – Research and Innovation Staff Exchange (MSCA – RISE) – EU Agreement 823744 (Managlobal – 2018 – Europa, Africa, Middle East), 2019-24 (66 mois): missions avec le Ghana (University of Ghana Business School & Association of Ghana Industries – AGI), le Sénégal (Université Cheikh Anta Diop de Dakar & Confédération Nationale des Employeurs du Sénégal – CNES), le Cameroun (Université de Yaoundé & Groupement Inter-Patronal du Cameroun – GICAM), les Émirats Arabes Unis (Université de Zayed)
- European University Alliance for Global Health (EUGLOH) – Université Paris Saclay Co-creating Training Opportunities program: Joint Innovation & Entrepreneurship Course with Lund University School of Economics and Management & Sten K. Johnson Centre for Entrepreneurship in Sweden. Soutien ANR-19-GURE-0006 / France 2030.
Chaires
- 2016-17/ Chaire “Amélioration Continue 4.0” (Groupe Orange; La Fabrique de l’Industrie [Laboratoire d’idées]; Groupe Société Générale). Co-Fondateur. Fondation MinesParisTech (Université PSL) & Direction de la Recherche.
- 2022-24/ Chaire de design d’expérience soignants (CDES/22-EM-03) soutenue par la Maison des Sciences de l’Homme – Université Paris Saclay. Co-responsable du projet “Étude de la transformation des expériences des soignants durant la crise sanitaire et des répercussions sur leur vie”. L’angle d’approche est interdisciplinaire, interinstitutionnelle et internationale. La recherche mobilise la théorie de la décision, l’embodiment et le design d’expérience en se basant notamment sur la double empathie (double-sens) et l’empowerment. Reconnaissance officielle le 30/03/2023 par Mme A. Firmin Le Bodo, Ministre déléguée chargée de l’organisation territoriale et des professions de santé (Bataille-Hembert et al. 2023, p. 25)[1].
- Membre du Conseil Scientifique de la Chaire Mutations et Innovations Territoriales – Université de Corse.
[1] Bataille-Hembert A., Crest-Guilly M. et Denormandie P., 2023, Rapport sur la santé des professionnels de santé remis à la ministre déléguée en charge de l’Organisation territoriale et des Professions de santé. 9 octobre.