Mathilde Degois (ENS Paris Saclay – AgroParisTech)

 

Le développement économique peut-il modifier le climat et redéfinir sa propre trajectoire ? J’étudie comment les infrastructures d’irrigation à grande échelle modifient les régimes climatiques et le développement agricole en Inde. En combinant cinq décennies de données administratives, climatiques et agricoles, j’utilise la direction du vent comme source d’exposition exogène aux projets d’irrigation situés à distance. Une augmentation de 10 points de pourcentage de l’irrigation, soit environ la moitié de l’expansion de la Révolution verte en Inde, augmente les précipitations de la saison sèche de 5 mm par mois et abaisse les températures de 0,4 °C. Ces effets s’inversent pendant la mousson, avec une baisse des précipitations et sept jours supplémentaires de chaleur nuisible aux cultures. La production agricole augmente de 5 % pendant la saison sèche sans gain de rendement, tandis que le rendement des cultures de la saison des pluies augmente légèrement, de 1,3 %. Les données indiquent qu’il s’agit davantage d’un effet d’adaptation que d’un simple effet direct du climat sur la productivité. Les agriculteurs développent l’irrigation privée sous le vent, ce qui permet une double culture sur des terres plus marginales pendant la saison sèche et compense les pertes de la saison des pluies. À long terme, ces retombées soutiennent les petits exploitants tout en permettant aux grandes exploitations de se développer, ce qui polarise le secteur agricole. Globalement, cette externalité climatique représente 7 % de la croissance de la production agricole au cours de cette période, soit une valeur supplémentaire d’un milliard de dollars par an.

Informations pratiques
15 octobre 2026 C1. 2. 04