Sommaire
- Le rôle des «scores» dans la transition vers une alimentation saine et durable : le point de vue de
Louis-Georges Soler - Présentation de l’axe de recherche « Marchés agricoles et filières agroalimentaires » par Claire
Chambolle, avec Jean-Marc Akolé, Clément Nedoncelle, Maxime Tranchard, Hugo Molina - Présentation de l’axe « Régimes alimentaires durables » par Antoine Nebout, avec Odeline Molle et
Ghislaine Narayanane, Ondine Bernard, Faustine Régnier, Emmanuel Paroissien - Présentation de l’axe de recherche « Systèmes de Production Durable » par Hervé Dakpo, avec Ines
Chiadmi, Chloé Beaudet, Can-Askan Mavi, Maïa David - Les négociations climatiques : y a-t-il des raisons d’être optimiste ? Le point de vue de Laurence
Tubiana
Le rôle des «scores» dans la transition vers une alimentation saine et durable
le point de vue de Louis-Georges Soler
L’amélioration des effets sanitaires et environnementaux du secteur agroalimentaire nécessite d’importants changements dans l’offre et la consommation. Louis-Georges Soler, directeur scientifique adjoint Alimentation & Bioéconomie à l’INRAE, propose une grille d’analyse des modifications de la consommation qu’il mobilise pour comprendre le fonctionnement des « scores » nutritionnels et environnementaux qui jouent un rôle central dans les politiques envisagées (étiquetage, taxation, réglementation de la publicité…).
La grille d’analyse consiste à distinguer les changements de consommation inter-catégorie (des chips au carottes) des changements intra-catégorie (entre chips plus ou moins salées). Les premiers concernent la composition de l’alimentation entre grandes catégories (viande, céréales, légumes), et les seconds la qualité des produits. Le dosage optimal entre les deux niveaux de substitution, inter et intra catégorie, n’est pas trivial, et doit être pensé avec ses effets sur l’offre, c’est-à-dire les reformulations de produits et changements de pratiques agricoles. Un élément important et peu étudié de la conception des scores est le choix entre une échelle transversale, commune à tous les aliments, et une échelle par catégorie. Une échelle transversale est a priori plus favorable aux substitutions inter-catégories. Le choix de l’échelle appropriée peut être réalisé en considérant la variabilité des scores (nutritionnels ou environnementaux) entre catégories et à l’intérieur de chacune.
Concernant la dimension nutritionnelle, même si le Nutri-Score a été conçu avec une échelle transversale, on observe une grande variabilité des scores à l’intérieur des catégories d’aliments ce qui favorisera les substitutions intra catégorie. L’échelle transversale est de ce fait appropriée puisqu’elle favorisera les deux types de substitutions. Les études réalisées, notamment au sein du département EcoSocio et de l’unité PSAE, montrent d’ailleurs que le Nutri-Score favorise principalement les substitutions intra-catégorie et la reformulation des produits par les industriels.
Concernant la dimension environnementale, la conception d’un score environnemental est très complexe car il comporte plusieurs dimensions difficilement comparables (climat, biodiversité, ressources), et les adaptions de l’offre ont lieu dans les exploitations (intensification, agroécologie, réduction des intrants). La loi Climat et Résilience (2022) prévoit ainsi la mise en place d’un score environnemental pluri dimensionnel sur la base d’analyses de cycle de vie. Avec une échelle transversale, on observe une très faible variabilité des scores au sein des catégories d’aliments. Un score transversal favorisera donc les substitutions entre catégories mais risque de masquer les distinctions liées aux pratiques agricoles à l’intérieur des catégories. Pour remédier à cette faiblesse, un score transversal pourrait être couplé avec une politique ciblant l’offre telle que des paiements pour services environnementaux.
Louis-Georges Soler conclue en soulignant la nécessité de mieux comprendre la dynamique des préférences et leurs dimensions collectives, et la pertinence des recherches menées par l’unité PSAE sur ces enjeux d’amélioration de la qualité nutritionnelle et environnementale de l’alimentation.
Présentation de l’axe de recherche « Marchés agricoles et filières agroalimentaires »
par Claire Chambolle, avec Jean-Marc Akolé, Clément Nedoncelle, Maxime Tranchard, Hugo Molina
Tout d’abord Claire Chambolle (DR, INRAE) présente l’axe de recherche « Marchés agricoles et filières agroalimentaires » de l’unité. Cet axe a pour objet l’analyse de la chaîne de production, des marchés de matières premières agricoles jusqu’à la distribution des produits alimentaires sous l’angle de l’économie internationale, de l’économie de l’environnement, et de l’économie industrielle. Il s’agit d’une part de comprendre les opportunités et menaces représentées par le commerce international et sa régulation sur les systèmes agricoles et l’environnement (biodiversité, émissions). D’autre part, il s’agit d’étudier l’impact de l’organisation des filières et des règlementations publiques ou privées sur les stratégies d’innovation, la variété et la sécurité sanitaire des produits, la formation des prix et le partage des profits au sein de la filière agroalimentaire. Ces travaux menés permettent d’éclairer les débats sur les politiques commerciales, environnementales, les politiques d’aide au développement, les régulations sectorielles et la politique de la concurrence. Deux doctorants et chercheurs de l’axe présentent tour à tour leurs recherches.
Jean-Marc Akolé commence son doctorat sous la direction d’Estelle Gozlan, Caroline Orset et Florence Puech. Sa thèse a pour objectif de mieux caractériser le rôle du commerce international dans les invasions biologiques, d’en apprécier les conséquences économiques et de proposer des mesures optimales de politiques économiques de préservation de la biodiversité [1].
Clément Nedoncelle (CR, INRAE) présente ensuite un travail empirique sur les ressources halieutiques au niveau mondial [3]. Son travail montre que l’inclusion de provisions spécifiques à la pêche dans les accords commerciaux réduit l’épuisement des ressources. Ces provisions – incluses dans la majorité des accords signés depuis 10 ans – annihilent ainsi l’effet négatif de la libéralisation sur ces ressources.
Maxime Tranchard, doctorant sous la direction d’Olivier Allais, présente une analyse des stratégies de prix et de qualité des industriels en réaction à une taxe basée sur le contenu en sucre des produits [8]. Grâce à un modèle structurel d’offre et de demande appliqué au secteur des desserts français, son travail montre que les industriels reformulent leurs produits pour limiter voire échapper à la taxe. Les résultats suggèrent qu’une politique de taxation permet d’améliorer la qualité nutritionnelle des produits mis sur le marché, intensifiant ainsi les réductions de la consommation de sucre dues à la hausse des prix.
Hugo Molina (CR, INRAE) présente enfin un modèle empirique d’oligopole bilatéral pour analyser les interactions entre industriels et distributeurs dans les industries agroalimentaires [7]. En utilisant des données d’achats sur le secteur des boissons sucrées (base Kantar), son article met en évidence que les distributeurs ont un pouvoir de négociation supérieur à celui des industriels. En utilisant des simulations contrefactuelles, l’article montre que les fusions entre distributeurs affaiblissent leur pouvoir de négociation, menant à une augmentation des prix de gros ainsi que des prix payés par les consommateurs.
Présentation de l’axe « Régimes alimentaires durables »
par Antoine Nebout, avec Odeline Molle et Ghislaine Narayanane, Ondine Bernard, Faustine Régnier, Emmanuel Paroissien
Antoine Nebout (CR,INRAE) présente ensuite l’axe « régimes alimentaires durables ». Les travaux menés dans cet axe analysent les possibles conditions d’un changement de régimes alimentaires dans un contexte de différenciation croissante des produits. Il s’agit de comprendre les déterminants des comportements alimentaires des consommateurs, et leurs conséquences sur la demande, les inégalités sociales, la santé et l’environnement afin de d’évaluer et de mettre en œuvre les outils de politiques publiques les plus adéquats. A cette fin, deux infrastructures s’avèrent particulièrement stratégiques au sein de PSAE : la plateforme ODALIM, qui permet le stockage, l’accès et le traitement des données en alimentation, est une composante de l’Infrastructure de recherche Consommateur-Aliment-Santé (CALIS), et l’Observatoire de l’alimentation (Oqali) en collaboration avec l’Anses. Afin d’illustrer les recherches menées dans cet axe, deux ingénieures présentent l’Oqali, une doctorante et deux chercheur.e.s présentent leurs recherches.
Odeline Molle (IE, INRAE) et Ghislaine Narayanane (IR, INRAE) présentent l’Observatoire de l’alimentation (Oqali, [11]) qui a pour mission de suivre l’évolution de l’offre alimentaire des produits transformés au cours du temps. Des études par catégorie alimentaire sont notamment réalisées, comme par exemple sur les plats cuisinés ambiants. Le suivi de l’offre, des informations étiquetées, des valeurs nutritionnelles et pour la première fois le suivi du Nutri-Score y sont intégrés.
Ondine Berland, doctorante sous la direction de Stéphane De Cara, présente un chapitre de sa thèse qui a pour objectif d’étudier, les effets d’un durcissement des contraintes budgétaires sur les comportements d’achats alimentaires, le bien-être des ménages ainsi que les impacts environnementaux associés [5]. Les auteurs mettent en évidence une élasticité-prix croisée du carburant automobile sur les dépenses alimentaires mensuelles des ménages forte et négative.
Faustine Régnier (CR, INRAE) présente l’approche sociologique d’une alimentation saine et durable qui porte principalement sur la perception sociale des recommandations nutritionnelles et environnementales issues de l’action publique [12]. Ses résultats montrent l’existence d’un fort clivage social, opposant les catégories aisées aux catégories modestes dans une société davantage fragmentée et suggèrent la nécessité d’articuler, désormais, la dimension sociale avec les questions de santé et d’environnement.