28 août 2025

Jeudi 11 septembre, Maxence Gérard soutiendra sa thèse “Au-delà de Pigou : politiques et leviers comportementaux pour réguler les externalités liées à la viande”.

 

Cette thèse s’intéresse à la régulation des externalités environnementales liées à la production et la consommation de viande. Elle vise à la fois à proposer des instruments de second rang lorsque les politiques pigouviennes ne peuvent pas être mises en place par le régulateur, et à comprendre comment mobiliser les normes morales et sociales pour faire évoluer le comportement des consommateurs.

Dans le premier chapitre, j’étudie la régulation des émissions de gaz à effet de serre dans le secteur bovin en tenant compte du coût d’opportunité carbone des terres. Constatant les obstacles à la mise en place d’une taxe sur les émissions, j’examine l’efficience d’une politique alternative de mise en réserve de terres pour la régénération des écosystèmes. Je développe un modèle analytique pour identifier théoriquement les conditions sous lesquelles cette politique est plus efficiente que d’autres politiques alternatives telles qu’une taxe sur le bœuf ou une norme technique de production. Un calibrage du modèle au marché français montre que la politique de retrait de terres permet généralement de plus grands gains de bien-être que les autres politiques alternatives considérées.

Dans le deuxième chapitre, j’étudie l’effet d’une taxe et de campagnes d’information environnementale sur la consommation d’un bien polluant par des individus moraux. Je montre que si l’information implique un changement de comportement modéré, les individus vont réduire leur consommation pour maintenir une bonne image d’eux-mêmes. En revanche, l’effet d’une information préoccupante, c’est-à-dire impliquant un changement de comportement important, ou celui d’une taxe, dépend de l’attitude des consommateurs vis-à-vis de l’effort. Chez certains consommateurs, une information préoccupante est décourageante, les amenant à faire moins d’efforts et consommer plus, tandis qu’une taxe renforce leur motivation. A l’inverse, chez d’autres consommateurs, une information préoccupante les incite à poursuivre leurs efforts, tandis qu’une taxe sape la motivation par un effet de compensation morale. Cet effet peut être atténué voire éliminé en réduisant la saillance de la taxe.

Le troisième chapitre s’intéresse au phénomène de « backlash » environnemental. Il est inspiré par l’émergence de groupes sociaux plaçant la viande au centre de leur identité en réponse à l’essor du végétarisme. Dans cette partie, je développe un modèle dans lequel des consommateurs, hétérogènes dans le niveau d’internalisation de leur impact environnemental, choisissent soit de se conformer à la norme sociale, soit de s’en émanciper et de suivre leurs préférences individuelles au prix d’être stigmatisés. Les individus émancipés consommant moins que la norme sont alors vus comme pro-environnementaux tandis que ceux qui en consomment davantage sont perçus comme conservateurs. Je trouve qu’un plus grand impact environnemental induit une dispersion des préférences, qui peut conduire à l’émergence d’un groupe pro-environnemental. Cela tend à réduire la norme sociale et renforcer le coût de la conformité pour les plus gros consommateurs, favorisant un backlash avec l’apparition d’un groupe conservateur. Le modèle prédit aussi qu’un renforcement de la pression sociale sur les individus les moins vertueux peut s’avérer contreproductif en augmentant à la fois le nombre de conservateurs et la pollution globale.

 

AgroParisTech, Campus Agro Paris-Saclay, 14h 30, Amphithéâtre C1.0.06 (Bâtiment C1, rdc)