Sébastien Desbureaux (CEEM-INRAE)
La recolonisation naturelle de grands carnivores tels que les loups soulève une énigme économique : bien que les prédateurs apicaux génèrent un important surplus social net grâce aux services écosystémiques, le soutien du public s’est érodé et reste fragile. Notre article cherche à déterminer si cette érosion reflète un biais d’information dans l’offre médiatique, notamment une prédilection pour les récits dramatiques. En appliquant le traitement du langage naturel à la presse française et à des segments télévisés sur une période de 18 mois, nous constatons une quasi-prédominance des discours axés sur les coûts — présentés sous forme statistique ou narrative —, les services écosystémiques étant pratiquement absents. Nous modélisons trois vidéos sur ce paysage médiatique, deux axées sur les coûts et une sur les bénéfices, et testons leur effet dans le cadre d’une expérience en ligne menée auprès de 1 734 adultes. Nous constatons que les traitements basés sur l’information et ceux axés sur le récit sont tout aussi persuasifs. Nous montrons en outre que le passage d’informations sur les coûts à des informations sur les avantages améliore considérablement les croyances, y compris chez les répondants ayant initialement des attitudes anti-loups. Cela fait également évoluer les préférences politiques conjointes vers des populations de loups plus importantes, sans pour autant augmenter les dons à une ONG pro-loups. L’amélioration des croyances persistait lors d’un suivi un mois plus tard. Ces résultats indiquent que ce sont les lacunes en matière d’information qui limitent la formation des croyances et des préférences, plutôt que d’autres mécanismes comportementaux.
