Le chapitre de Borrás et Sebillotte analyse les stratégies et les actions mises en œuvre dans le cadre du Plan national « Argentine en bonne santé » (Plan Nacional Argentina Saludable, 2009), qui vise à promouvoir une alimentation saine et à améliorer la qualité nutritionnelle des aliments. À partir d’une approche qualitative, les auteures étudient la construction des politiques alimentaires ainsi que la participation d’une pluralité d’acteurs publics, privés et issus de la société civile. L’article retrace l’évolution de la politique alimentaire argentine depuis le début du XXᵉ siècle jusqu’aux premières décennies du XXIᵉ siècle. Il met notamment en évidence l’émergence de nouveaux instruments d’action publique reposant sur une coopération accrue entre l’État et les acteurs privés. Parmi ces instruments figurent les accords-cadres avec l’industrie agroalimentaire, les accords volontaires ainsi que les commissions mixtes public-privé organisées autour de groupes de travail thématiques. Ces dispositifs portent notamment sur l’étiquetage nutritionnel en face avant des emballages, la réduction des teneurs en sodium et en sucres, l’élimination des acides gras trans et l’amélioration des environnements alimentaires scolaires. Leur mise en œuvre témoigne de nouvelles formes de gouvernance, mais fait également apparaître des tensions, des conflits d’intérêts et des difficultés de coordination entre les différents acteurs et niveaux de gouvernement. Les auteures concluent que les politiques alimentaires ont progressivement évolué d’une approche centrée sur les populations vulnérables vers une perspective de santé publique s’adressant à l’ensemble de la population. Toutefois, l’action publique reste fortement conditionnée par les situations d’urgence sociale et par la nécessité de répondre aux besoins alimentaires immédiats.
